Rapprochement Alstom Siemens : comment cela a t-il pu dérailler ?
Dernière mise à jour : 18 mars 2019
La décision tant attendue est tombée : le 6 février 2019, la Commission a mis son veto à la fusion de deux géants du transport ferroviaire : Alstom et Siemens en raison de l'atteinte qui aurait été portée à la concurrence si ce rapprochement avait eu lieu.
« La Commission a interdit la concentration parce que les parties n'étaient pas disposées à remédier aux importants problèmes de concurrence que nous avons relevés », a déclaré la commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager, citée dans un communiqué de l'exécutif européen. « En l'absence de mesures compensatoires suffisantes, cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse », a ajouté la Danoise.
La commissaire danoise s'était notamment inquiétée à maintes reprises des effets de ce rapprochement qui réduirait le nombre d'industriels rivaux dans l'Union, et qui risquerait de faire monter les prix des trains pour les compagnies ferroviaires, et celui des billets pour les consommateurs. « Il est très important de ne pas tomber dans le piège de penser que le grand est toujours mieux. Certes, nous avons besoin de grandes coopérations (...) mais en même temps tout notre écosystème est plus fort s'il ne dépend pas entièrement d'une ou de quelques entreprises géantes », avait prévenu dans la matinée Margrethe Vestager, lors d'une conférence de presse.
Et après ?
Alstom et Siemens ont indiqué qu'ils ne contesteraient pas la décision de la Commission européenne. Alstom et Siemens repartiront chacun de leur côté à indiqué Henri Poupart-Lafarge, PDG d'Alstom, dans les colonnes du Figaro. « Le rapprochement n'aura pas lieu » et « Alstom va désormais se concentrer sur la poursuite de sa croissance en tant que leader mondial du secteur de la mobilité », a indiqué le constructeur ferroviaire dans un communiqué. Tout en dénonçant une décision « dictée par des préjugés idéologiques », Bouygues, l'actionnaire majoritaire d'Alstom, a affirmé que le groupe français allait « continuer de se développer seul de son côté ». « Bouygues soutient la stratégie d'Alstom et est confiant dans son avenir ». « Ce fleuron français a tout pour réussir, mais il doit se consolider » a déclaré le ministre Bruno Le Maire, indiquant que le gouvernement allait réfléchir à d'autres « possibilités de consolidation pour Alstom ». « Il n'y a pas de nécessité aujourd'hui de replonger, du tout, dans un projet tel qu'avec Siemens dans l'immédiat », a souligné pour sa part Henri Poupart-Lafarge.
Quant au constructeur allemand Siemens, Jeo Kaeser son PDG, a indiqué que Siemens allait réfléchir à toutes options pour la suite de ses activités dans le secteur ferroviaire : « nous prenons note d'une décision qui met fin à un projet européen marquant » a t-il déclaré pour ajouter ensuite : bien qu'elle ne soit pas une surprise, elle prouve que l'Europe a un besoin urgent d'une réforme structurelle afin de pouvoir bâtir son avenir industriel dans un monde internationalement connecté ».
La remise en cause des règles européennes de concurrence ?
Ce veto pourrait faire évoluer les règles européennes strictes de concurrence. A Paris, Bruno Le Maire a déjà annoncé son intention de présenter, avec son homologue allemand, des propositions ayant pour but de refonder les règles de la concurrence et notamment soumettre les décisions de la Commission aux chefs d’État et de Gouvernement. Il propose également de retenir comme marché pertinent pour l'analyse d'une concentration le monde entier et non pas juste l'Union européenne.
Marion Lautar
Avocat à la Cour
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